Ma mère en décédant d'un cancer du sein trop jeune, m'a laissé le sceptre de cette maladie, suspendue au-dessus de moi. Je mentirais en disant que j'y pense tous les jours, mais régulièrement cette inquiétude revient, à chaque fois qu'autour de moi j'apprends qu'une amie, une proche ou une connaissance est atteinte de ce cancer  . Ce petit pincement certes fugace, j'y pense et puis j'oublie, est cependant vif. Régulièrement, une fois par an, je me soumets donc à une mammographie. Je sais que beaucoup de femmes redoutent cet examen, ce n'est pas mon cas, je ne le trouve pas spécialement douloureux.

Ce que je redoute le plus, c'est tout ce qu'il y a autour. D'abord la prise de rendez-vous, avec ma tendance à faire l'autruche, oui, je sais la posture est peu élégante, mais la tête dans le sable, ça me convient bien. Et si je faisais comme si je ne savais pas, peut-être n'y aura-t-il rien du tout?! Faut-il mieux savoir et vivre avec ou bien ne rien savoir et laisser venir? Je vous rassure, je finis toujours par le prendre, ce fichu rendez-vous. Ensuite, il y a l'attente, le jour venu. Les autres femmes, dans la salle d'attente, que je ne peux me retenir de scruter en douce, est ce qu'elle est malade celle-ci, le sera-t-elle un jour? Et elle, qui semble si jeune, elle aussi? L'ambiance est toujours assez particulière dans les centres de radiologie spécialisés dans le dépistage des cancers du sein, je ne sais pas si vous avez remarqué. Ici, pas d'ados qui se sont blessés au foot ou des enfants qui ont chuté de vélo et qui trouvent le temps long en attendant leur tour, et dont les longs soupirs ou les ondes sonores qui s'échappent de leur IPod mettent un brin d'animation. Non, ici, forcément que des femmes, jeunes, vieilles, entre les deux. Aisées ou démunies, le cancer s'en fiche et tape au hasard. C'est une sorte de loterie macabre, puisqu'on sait que le cancer touche un certain nombre de femmes, on se dit qu'on préfèrerait autant que la statistique tombe sur la voisine du siège d'à côté. Parfois un mari, un compagnon est là, pas trés à l'aise, on le voit bien. Tiens, parfois une fille aussi qui accompagne sa mère mais rarement un fils. Celui-ci l'aura déposée mais ne restera pas à ses côtés. On vous fait mettre torse nu, je n'aime pas ça, je crois que je préfèrerais encore être nue. La nudité ne me pose pas de problèmes, je trouve même mes seins jolis, mais être torse nu, je n'aime pas du tout. Sans doute des réminiscences de visite médicale scolaire, où mes culottes et débardeurs à picots Petit Bateau me fichait un peu la honte. Je détestais le moment où le medecin vous faisait mettre en culotte, lui assis, nous debout devant lui. Les clichés réalisés, on vous demande de rester torse nu, dans la cabine de déshabillage en attendant. Je me rhabille systématiquement, je préfère me déshabiller une fois de plus pour des examens complémentaires que discuter des résultats avec un médecin, les seins ainsi à l'air. Qui est à son aise ainsi, hein, à moitié habillée, les seins nus, les bras dont on ne sait que faire. Le long du corps, je me sens exposée, les bras repliés sur les seins, je me sens nunuche. Je sais bien qu'il n'y a de la part de l'équipe soignante, nulle volonté de mettre mal à l'aise mais juste faire rapide et efficace. Mais voilà, je ne m'y habitue pas.

Et puis il y a les résultats, tout va bien pour cette fois mais il faudra recommencer l'année prochaine. Et en attendant vivre du mieux qu'on peut, sans trop y penser, et profiter encore davantage de chaque moment de la vie..Et vous votre dernière mammo, elle date de quand?